L'hectare

L'équipe


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Mathilde Chanteur, directrice adjointe
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Christel Corbin, assistante de direction et coordinatrice de la biennale Avec Ou Sans Fils
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Valérie Gérardin, secrétaire de direction
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Laure Carré, comptable
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Thomas Fox, chargé du Service des Publics et de la programmation Jeune Public
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Marion Jillier, attachée aux Service des Publics
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Céline Lojewski, chargée de communication
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Nous remercions le personnel du Minotaure et les techniciens intermittents qui nous accompagnent tout au long de la saison. 

Le billet d'humeur de Laure Carré

 

Il était mon Nord.

Christian Bobin est mort.

 

Christian Bobin est né le 24 avril 1951 au Creusot, une petite ville en Bourgogne.
Dès son enfance, il préfèrera la compagnie des livres à celle des hommes. 

Il était un poète. 
Il était une fenêtre sur ce monde qui étouffe.

Il a écrit de tous petits livres, d’une grande exigence, 
Qui se caractérisent par une succession de phrases courtes et une écriture fragmentée.

Dénuée de tout moralisme,
Pourvue d’humilité,

Son œuvre m’a invitée, avec une belle générosité, à comprendre et à révéler ma part manquante, celle qui relève du merveilleux et de l’obscur.

Sa poésie caressait mon âme. 
Elle m’a appris la présence. 

Elle m’a invitée à me déposer. 
Elle m’a encouragée à me décharger.

Á faire silence.
Á écouter pudiquement. 

Lorsque j’ai appris sa mort, j’étais abasourdie. 
L’émotion est arrivée directement dans ma gorge, qui s’est sentie étreinte. 

C’était la première fois que la mort d’une « personnalité » me touchait de cette manière-là. 
Dans mon corps. 

Il nous demandait souvent ce que nous avions fait de l’absence, du vide, du manque.
Il disait que ces choses-là sont la source de la beauté.

Que c’est de nos déchirures, de nos doutes  et de nos nuits de désespoir,
Que naissent des palais dans les cieux et toutes sortes de printemps imaginables.

Si nous nous coupons de ces racines profondes, 
Alors nous nous coupons des fleurs et des fruits qui viennent après et naissent d’elles.

Il y a un lien entre la plénitude et le manque, 
Entre le visible et l’invisible.

Ce qui circule entre les lignes de ses écrits, c’est la confiance.
Une confiance solide et palpable.

Lisons Bobin, 
Que sa parole continue à nous porter, à nous éclairer, et à nous relier les uns aux autres.
Qu’il continue à nous soigner du chagrin et du scepticisme. 


Extrait de La troisième lettre bleue, Christian Bobin

« Je n’ai rien fait aujourd’hui
Et je n’ai rien pensé.
Le ciel est venu manger dans ma main,
C’était une journée avec de l’espérance partout luisant dans les haies, dans les nuages et dans l’absence de tout jugement.

Maintenant c’est le soir,
Mais je ne veux pas laisser filer ce jour sans vous en donné le plus beau qui est aussi le plus faible.

Vous voyez le monde,
Vous le voyez comme moi ?
Ce n’est qu’un champ de bataille.
Des cavaliers partout,
Un bruit d’épée au fond des âmes.
Eh bien, ça n’a aucune importance.
La guerre n’a rien d’énigmatique.
Mais l’oiseau que j’ai vu s’enfuir dans le sous-bois volant entre les troncs serrés m’a éblouit.
J’essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant.
Il y a des papillons dont on ne peut toucher les ailes sans qu’elles cassent comme du verre.

Voici je me rapproche de ce que je voulais vous dire, de ce presque rien que j’ai vu aujourd’hui,
Et qui a ouvert toutes les portes de la mort :
Il y a une vie qui ne s’arrête jamais.
Et elle est impossible à exprimer.
Elle fuit devant nous comme l’oiseau entre les piliers qui sont dans notre cœur.
Vous savez j’ai conscience que cette lettre peut vous sembler folle,
Elle ne l’est pas.
Ce sont plutôt nos pensées et nos occupations qui sont folles,
Prises comme des étourneaux au filet de la folie.

Nous sommes enfouis sous des milliers d’étoiles
Et parfois nous nous en apercevons, nous remuons la tête,
Oh, juste quelques secondes !
C’est quelque chose d’inespérée, d’incompréhensible.
Quelques secondes,
Et ça suffit n’est-ce pas pour vivre éternellement ?

Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. »
 

Laure Carré